4
mai
2021
Actualité

Histoire de Maman : Anne Thoumieux, « la maternité est une porte d’entrée vers la transition écologique »

Chaque mois, nous mettons en lumière sur ce blog des histoires de mamans qui nous touchent et nous inspirent, autant de portraits que de leçons de vie pour nos quotidiens de femmes et de mères. Journaliste, auteure et maman de deux filles, Anne Thoumieux a tenté de répondre aux questions naïves et tellement essentielles de ses enfants sur le climat, la nature, la planète… De ces échanges et de ses recherches approfondies est né un livre* qui propose aux parents de comprendre, trouver les mots pour en parler aux enfants, et amorcer le changement. Rencontre.

Comment est née ta sensibilité à l’écologie en tant que journaliste ?

C’est en écrivant Le Livre du Lagom (First éditions) qui traitait du mode de vie des Suédois, entre slow life, respect de la nature et équilibre en tout (lagom veut dire « ni trop, ni trop peu » en suédois, c’est un éloge de la modération) que ça m’a fait tilt : pourquoi eux se comportent-ils comme ça et pas tout le monde ? Question d’éducation bien sûr, de volonté gouvernementale, aussi, mais plus que tout sans doute, de proximité avec la nature. En l’écrivant j’ai réalisé combien nos société occidentales pourraient faire mieux. Je me suis ensuite penchée sur le problème du plastique en écrivant le guide J’arrête le plastique (Leduc.S éditions), et ce fut un choc encore plus grand… Voilà pourquoi j’ai ensuite voulu faire « le tour de la question » avec un ouvrage sur l’écologie à 360°, qui permette aux adultes d’enfin comprendre les sujets dont on entend parler tous les jours mais qu’on ne sait pas appréhender (comme la disparition de la biodiversité ou les énergies renouvelables). Tout ceci doublement vulgarisé dans des réponses adultes et enfants, afin d’en parler avec eux. Eux qui vont hériter de ce monde abîmé.

Qu’est-ce qui a changé lorsque tu es devenue maman ?

La première chose ce fut de constater le décalage, pour ne pas dire l’inadéquation, entre la fragilité du bébé et l’air pollué de la ville. J’aurais voulu claquer des doigts et nous télé- transporter à la campagne ou à la montagne. En devenant maman on devient responsable d’un être, alors quand on réalise qu’on lui impose des choses néfastes alors qu’on devrait l’en protéger, la culpabilité pousse à changer. C’est pourquoi la maternité est souvent la porte d’entrée vers la transition écologique : on veut le meilleur pour son bébé. Pourtant être très écolo avec un bébé est un vrai engagement qui est souvent compliqué à mettre en place. D’autant qu’avoir un enfant est la pire action anti-écologique ! C’est un sujet un peu tabou mais avoir des enfants représente un poids monstre en émission de CO2, une vie de consommation sous nos latitudes alourdit considérablement notre empreinte carbone… Même si on fait soi-même ses petits pots et qu’on utilise des couches lavables. Ce qui a changé pour moi c’est vraiment la nourriture. Jeune, je me nourrissais très mal, et j’ai eu à cœur d’améliorer drastiquement le contenu de nos assiettes avec moins de viande, plus de légumes et de légumineuses. Et de résister à tous ces produits faits pour nous « faciliter la vie » et dont le marketing nous dit qu’on a besoin.

Est-ce que tes enfants t’ont amenée à faire évoluer ton comportement, ta façon de consommer ?

Bien sûr! C’est surtout dans ce que je fais pour éviter de polluer à travers mes filles que mes propres habitudes ont changé. Du coup, en plus des couches lavables que j’ai utilisées, aujourd’hui j’achète les habits pour elles comme pour moi, ainsi que leurs jouets d’occasion à 95%. Côté nourriture, tout a vraiment commencé quand ma fille à fait le lien entre le cochon et le jambon. Pour un enfant, du jambon c’est du jambon. Si on ne lui dit pas (et honnêtement qui a le courage de le dire spontanément), l’enfant grandit sans le savoir, sans le comprendre. Je trouvais ça hyper malhonnête, j’avais l’impression de lui faire manger ses « amis », Peppa Pig en tête, en secret. Je voulais qu’elle puisse choisir alors je lui ai expliqué, pour tous les animaux, ce qui se cachait derrière les mots. Et ça change tout : « du veau », ce n’est pas une matière inerte, c’est « un veau ». Depuis on ne mange plus aucun bébé animaux, très peu de cochon, principalement de la volaille, jambon de volaille du coup, et parfois un steak. Globalement, c’est aussi mon engagement qui a changé : je veux passer le mot, faire changer les mentalités.

Comment et pourquoi est né ce livre ?

D’abord mes filles m’ont mise à rude épreuve avec des questions naïves mais pas simples. Et il m’est apparu qu’en fait nous entendions parler d’écologie chaque jour sans forcément comprendre ce qui se cache derrière les infos qui nous assaillent. Demandez autour de vous si le nucléaire produit du CO2 : la plupart des gens ne savent pas. Or il n’en émet que très peu, c’est une des énergies qui contribue le moins au réchauffement climatique. Voiture électrique par-ci, énergie fossile par-là, réchauffement climatique, empreinte carbone… Encore faut-il comprendre ces mots pour pouvoir répondre aux questions des enfants du genre « Pourquoi c’est pas bien de prendre l’avion ? ». L’idée était de faire un « petit traité d’écologie » pour comprendre l’enjeu écologique dans le détail et dans sa globalité… Une sorte de condensé précis mais vulgarisé à partager de 7 à 77 ans.

Quelles sont les questions de tes enfants qui t’ont interpellée et comment as-tu trouvé les réponses ?

Toutes les questions sur les animaux que l’on mange, pourquoi, comment, et notamment celle-ci qui est dans le livre : « Maman, mais pourquoi les animaux ils ne peuvent pas avoir une petite vie avant d’aller dans leur cage ? » en parlant des animaux d’élevage. Quelle horreur, quelle tristesse. C’est vrai, pourquoi ? Alors j’ai donné la vraie réponse : pour l’argent. Parce que ça coûte plus cher de bien traiter les animaux et des gens préfèrent gagner plus d’argent qu’en dépenser à soigner les bêtes qu’ils considèrent comme des objets. De là, j’ai noté leurs mots d’enfants, leurs questions et elles ont intégré le livre, avec des réponses simples et courtes à la suite de l’explication chiffrée et détaillée pour les adultes, afin que tout le monde puisse comprendre les réalités de ces sujets, simplement. Et aussi « Les poubelles, elles vont quelque part avec le camion vert ? » comme si les déchets une fois loin des yeux s’évaporaient. Ça ouvre toujours la voie à des grandes discussions et des explications valables aussi pour les adultes…

À partir de quel âge selon toi on peut commencer à leur parler d’écologie et quels sont les sujets qui les touchent le plus ?

Dès 3 ans je pense, avec les gestes de propreté qui vont avec les rapports sociaux induits par l’école : ramasser son papier et le mettre dans la poubelle pour commencer. C’est souvent le premier geste écoresponsable et il est facile d’expliquer que sinon un animal peut le manger et être malade, puis d’extrapoler avec le plastique dans la mer. Ensuite viennent naturellement les sujets qui concernent les animaux en voie de disparition, et avec ça les cycles naturels type la pollinisation et la nécessité de protéger les abeilles sans lesquelles il n’y a plus de fleurs, et plus de fruits. La mer est aussi un univers qui les fascine et qui induit plein de sujets écologiques faciles à comprendre, comme la chaîne alimentaire : la baleine qui mange le plancton, le plus grand qui a besoin du plus petit permet d’expliquer à quoi sert la biodiversité. Finalement, les enfants comprennent en premier lieu ce qui les intéresse mais comme tout est lié, il est facile d’aborder petit à petit tous les sujets. Je pense que la plus petite de mes filles avait moins de 3 ans quand nous avons fait le premier ramassage de déchets sur la plage. Les gens étaient outrés mais tant mieux : pour elles c’était un jeu et si ça a pu marquer les esprits de quelques personnes et les retenir de jeter leur mégot dans le sable, le but est atteint ! (attention à bien prendre les précautions d’usage type gants, dans mon cas c’est moi qui disait ce qu’elles pouvaient toucher ou pas, leur « job » étant de m’indiquer les déchets, comme une chasse au trésor. Sinon chacune un sac, comme un concours ça marche aussi !)

Quand peut-on leur enseigner les comportements responsables ?

La difficulté de cette question c’est le mot « responsable ». Il ne faut pas responsabiliser les enfants car c’est culpabilisant. Mais on peut en revanche montrer ce qui est néfaste et ce qui protège par exemple. Question de vocabulaire finalement. Au-delà de la transmission des savoirs, « l’enseignement » se fait principalement par l’exemple et dans la réponse aux questions quand l’enfant demande pourquoi on va plus loin faire les courses alors qu’il y a un supermarché juste à côté ? On explique nos choix d’acheter en vrac, ou en coopérative ou AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) avec des arguments écologiques. Pourquoi on ne boit pas de Coca chez nous ? (Parce que c’est mauvais pour la santé et que les fabricants pillent les ressources en eau de populations pauvres pour le fabriquer). C’est la naissance de leur conscience écologique, et plus tard, ils le feront par mimétisme. Les initier au boycott peut se faire très tôt : expliquez que la culture des palmiers à huile nécessite de tuer des familles d’orangs outans qui sont brûlés vivants et de raser la forêt avec tous ses habitants, vous verrez votre petit(e) de 5 ans décréter que PLUS JAMAIS elle/il ne veut en manger et vous demander de bien vérifier s’il y en a sur l’étiquette avant d’acheter, quitte à renoncer à ses biscuits préférés.

*Dis, c’est vrai qu’on peut soigner la Terre ?, Anne Thoumieux, éditions Leduc.S.

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